GPS 0.0 – Janna Elizbarova

Hériter d’une souplesse ardue
Exposition : 6 juin au 30 août 2026

GPS 0-0 : coordonnée introuvable, lieu improbable, point de départ d’un récit un peu bancal, naîf – ou plutôt, d’une grande souplesse. C’est ici, précisément, que prend vie Kiko_TErrebonne_PILATES, une cyborg tombée du ciel (ou de l’algorithme ?) sans souvenir, sans langage, sans manuel d’instruction. Son premier contact avec le monde : une vague trop salée de l’Atlantique qui l’étouffe à plusieurs reprises, et qui la propulse sur les rivages d’une île inconnue. Une île qui n’existe sur aucune carte, sauf peut-être sur celle de la planète Rond-Point. 

Hériter d’une souplesse ardue constitue une extraction de cet environnement. Kiko_TErrebonne_PILATES comprend quelque chose: une civilisation a habité des formes de cellules appelées «banlieue»; des espaces à la fois domestiques et transitoires vers le travail. Un capteur est alors conçu afin de recueillir des données sur cette banlieue.

Un dimanche matin, le capteur enregistre une image : au verso, une adresse : Terrebonne. On y voit une femme, le corps courbé, la tête renversée vers le sol.

Geste paraissant très étrange pour Kiko_TErrebonne_PILATES. 

Iel essaie de le reproduire, sans succès; son corps en acier est trop rigide…

Iel se questionne ; Pourquoi une espèce adopterait-elle une telle posture ? Que signifie ce mouvement ?

Le travail du cyborg se déploie dans cet effort de mimèsis et d’appropriation. Comme une ombre, Iel tente de suivre les gestes de cette d’une figure banlieusarde pratiquant le yoga. Kiko_TErrebonne_PILATES cherche cette souplesse déconcertante, ce relâchement, ce calme flexible.

Démarche artistique

Dans le travail de Janna Elizbarova, le fondement de ses réflexions résident principalement à l’intersection de l’art, de la philosophie et de la technologie. Ils se traduisent à travers des sculptures qui font dialoguer des matières tangibles et numériques. L’usage aliénant des médias technologiques constitue son leitmotiv. Il incarne pour elle une observation attentive des enjeux sociopolitiques, économiques et écologiques.

Depuis une dizaine d’années, une littératie numérique se développe au sein des communautés de recherche. Sa complexité et son caractère énigmatique lui imposent une démarche quasi scientifique, oscillant entre la fumée du verre et la chimie de la céramique, entre le bioplastique et les flux énergétiques. En ce sens, elle appréhende les différentes structures et mécanismes qui sous-tendent les nouvelles technologies. Elle joue avec leurs composantes et met en évidence les failles de cette vaste infrastructure, où lignes, mots, images et formes s’entrelacent comme un graphique esquissé au bord d’une table.

La matière et l’image deviennent des éléments centraux de sa pratique. Guidée par des méthodes archéologiques, elle fouille, analyse et prélève. La matière se déploie d’abord sous la forme de structures en bois. Elle imagine celles-ci comme des fondations sur lesquelles viennent s’ajouter les éléments qu’elle a prélevés, glanés ou confectionnés : sable, terre, verre soufflé, lumière et images.

À l’étape de finition, Janna s’approprie les images et use de différents procédés pour les transformer. Une fois leur fonctionnement assimilé, elle invente, spécule et cherche à créer une dimension trouble entre le réel et le numérique. Ces éléments glanés – une image découpée dans un magazine d’art des années 2000, un artefact d’acier provenant d’un terrain vague, des tubes fluorescents industriels ou encore des écrits de poètes et de philosophes – deviennent des porteurs d’affects, des messagers de sens et de mémoire. L’artiste ne cherche pas nécessairement des réponses ; elle cherche plutôt à saisir un champ de possibilités. Sa pratique se déploie comme une tentative perpétuelle de rebâtir la cartographie de la technologie.


Ce projet a reçu un appui financier du Conseil des arts et des lettres du Québec dans le cadre du Programme de partenariat territorial de Lanaudière, avec le soutien de la Caisse Desjardins de Terrebonne et du centre d’achat Galeries Terrebonne. En collaboration avec la Ville de Terrebonne, INÉDI et TVRM.